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31.05.2006

Le Drâa

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Le soleil est déjà haut. Le chant du muezzin nous a réveillé, se mêlant à nos rêves. L’appel à la prière fut suivi d’une longue série d’aboiement de chiens. Dans la chambre d’hôtel, tous les éléments du mobilier sont sculptés : table de nuit, porte, encadrement de miroir, bois de lit, …

Des voix d’enfants couvrent le chant du coucou matinal : de notre balcon, nous surplombons une école. Les mères voilées amènent leur progéniture en classe. Certaines discutent sur le chemin caillouteux sous un cèdre centenaire.



Un oiseau est entré dans la salle du buffet sans que personne ne s’en soucie. Le loueur de voiture nous attend dans le lobby. Discussion, négociation, départ. La résidence de Taourirt à la sortie de la ville est imposante.

La circulation est anarchique. Un policier nous confirme la direction de Zagora : passer le feu rouge, prendre le sens interdit, passer les barrières. Normal ! La ville s’efface progressivement, la chaussée goudronnée se rétrécit. Nous nous enfonçons dans le relief vallonnée du Draa. Au loin, les cimes enneigées de l’Atlas forment une chaîne sans fin. Sur la rive, le vert intense de la végétation contraste avec la couleur de terre cuite de la rocaille. Les vallons sont marqués par des strates, traces d’un lointain passé où la vallée n’était que le fond de l’océan.



Le Draa est la plus grande rivière du Maroc. Elle prend sa source dans la fonte des neiges de l'Atlas et disparaît dans le Sahara. La route le long de cette vallée est balayée par le sable que l’on voit s’envoler par petites tornades et s’agglutine sur certains tronçons de la route. Parfois visible, souvent invisible, le Draa irrigue les palmeraies de la vallée.

Nous dépassons des villages aux habitations de terre rouge, du pisé, un mélange de terre humide, de paille et de gravier que les hommes compactent dans des moules en bois. A première vue, les rues semblent désertes. Une meilleure observation nous permet de découvrir des hommes prenant le frais à l’ombre des murs. Il fait chaud. Des chèvres maigres paissent les rares touffes qui s’échappent du sol caillouteux. A la sortie du village, étalé sur la roche couleur brique, des tissus colorés de jaune safran prennent l’air.
Comment décrire le bleu du ciel ? Intensément limpide, passant d’un bleu ciel au niveau de la ligne d’horizon à un bleu indigo au zénith. Une impression de pureté, un sentiment d’originel.

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« C’est ici qu’est née la première histoire de l’humanité, ses croyances, ses structures politiques et familiales, ses inventions techniques (…) Les grandes civilisations qui ont éclairé le monde ne sont pas nées au paradis. Elles sont apparues dans les régions les plus inhospitalières de la planète, sous les climats les plus difficiles. (…) Ce ne sont pas les hommes qui ont inventé les civilisations. Ce sont plutôt les lieux comme si, par l’adversité, ils obligeaient ces créatures fragiles et facilement effrayées à construire leurs demeures». Extrait de « Gens des nuages » de Jemia et JMG Le Clézio.


Nous roulons longtemps dans ce décor naturel, nous perdant dans cette immensité. Ce que nous voyons est resté en l’état depuis des millénaires, nulle trace ici de l’homme, de ses transformations souvent catastrophiques pour l’environnement. Juste une route déserte, notre route.
Nos ancêtres vécurent là, dans cette vallée. Il y a une éternité, un espace temps inimaginable pour l’entendement. Qu’en sera-t-il de nos descendants ? Ne chercheront-ils pas, à notre exemple, une trace, un espace vierge pour reconstruire ce que nous n’avons pas réussi ? Fragilité de nos civilisations.
Des souvenirs des paysages de l’Ouest américain reviennent, le Nevada, le Colorado, Monument Valley, Capitol Reef. Les images de ces routes longues et droites, les vapeurs de la chaleur sur le goudron qui brouillent la vue lorsque l’on fixe l’horizon et l’impression de se laisser aspirer par le décor, de ne pas avancer, que la route s’étire, sans cesse, sans fin.

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Nous faisons halte à la sortie d’Agdz, sur la route de Zagora. Une tente berbère plantée sur des cailloux, pour les touristes peut-être. Une sono poussive diffuse de la musique traditionnelle en plein air.
Première tajine de fetah, pas franchement convaincante. La jeune femme qui nous a servi nous observe, elle s’ennuie. La menthe du thé que nous venons de commander est cueillie dans le jardin, discrètement.
Les rares véhicules qui circulent sur la longue route sont des taxis couleur crème, de la marque Mercedez. Souvent toutes les places sont prises. A l’arrière du véhicule, les passagers nous observent. Nous les observons. L’on croise aussi les vans blancs qui ont inscrits sur leur capot avant, en gros caractère bleu, le mot « touristes ». Ici, on affiche clairement la couleur. Sur le bas côté, des paysans conduisent des ânes lourdement chargés, des fagots s’échappent de sacs mal ficelés. La route sinueuse est ponctuée de palmeraies, traces de vie. Les paysans s’activent, les femmes accroupies lavent leur linge dans le lit de la rivière. Plus loin, des habits aux riches couleurs prennent le soleil et le vent, étendus à terre.

Deux jeunes bergères nous sourient, sauvages, timides. Plus loin, une paysanne nous a vu nous arrêter, elle vient à notre rencontre, doucement, certaine que nous l’attendrons. Elle est sortie de sa maison de terre, a marché d’un pas sûr vers nous. Maintenant, nous l’attendons sans trop savoir pourquoi. Arrivé à notre hauteur, elle nous observe. Sans parler, elle sourit, d’un beau sourire aux dents gâtées, d’un sourire franc, spontané. Elle nous sourit.


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Commentaires

Café, Lecture et voyage...au gôut désiré...c'est parfait ^^...

J'aime beaucoup votre récit de voyage de Maroc...

Ecrit par : expresso | 21.04.2006