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30.05.2006
Ouarzazate Nekob

Le long de la route, des empilements de cailloux jalonnent le bas côté. Les pierres empilées les unes sur les autres sont peintes grossièrement en blanc. Nous nous interrogeons sur leur signification. A chaque fois que nous posons la question, on nous répond qu’il s’agit de délimiter une piste, de repérer une intersection. Nous aurions préféré une signification plus spirituelle. Pourquoi trouve-t-on ces tas le long de la route bitumée ? Amis marocains, voyageurs éclairés, connaissez-vous la réponse ?

Le cadavre d’un âne gît près de nous. Nous ne l’avions pas remarqué. Les charognes ont commencé à l’entamer. Nous arpentons la route en direction de Merzouga. Sur le coteau des collines, à l’entrée des villages, des pierres blanchies soigneusement disposées, forment d’immenses caractères que nous n’arrivons à identifier. Nous supposons qu’il s’agit du nom du village.
A chaque arrêt, dans ce qui nous paraît être désert, surgissent de nulle part des hommes, des enfants qui nous parlent, nous confirment notre direction, nous content l’histoire de ces lieux. A l’approche des sites touristiques, malgré que la saison ne soit pas réellement entamée, des marchands ambulants nous font de grands signes pour vendre des boites de dattes de couleur orangées.
Il est encore tôt lorsque nous parvenons au bout d’une ancienne route de montagne qui relie la vallée du Draa à celle du Dadés, à Nekob. Je gare la Clio dans une ruelle. Des femmes, assises sur le perron de leur maison, discutent entre elles. Une fillette nous aborde : « ça va bien ? ». Elle se prénomme Laïla, je pense à la chanson d’Eric Clapton. La lourde porte d’entrée de notre hôtel s’ouvre. Un beau berbère nous accueille. Il nous propose de nous restaurer dans le patio, à côté de la piscine, s’éclipse, revient portant un plateau de thé à la menthe et d’une assiette de gâteaux au cumin. Les chambres sont magnifiques. Au plafond, des troncs de palmiers supportent des roseaux. Le sommier est posé sur un socle de pierres grises. Nous observons de près les murs de pisé, des brindilles de paille dépassent de ça et là. De la terrasse, on peut voir l’enchevêtrement des toits, les cours des maisons et plus loin les plaines désertes jusqu’à l’Atlas. La luminosité du soleil commence à baisser. Les couleurs deviennent orangées.

Nous choisissons de découvrir la ville. La rue principale est très animée. Quel contraste avec nos cités mortes, aux rues désertes, au trafic incessant de voitures. Les enfants courent autour de nous, des grappes d’anciens au visage de sages devisent entre eux. Le soleil s’est couché et la pénombre s’est installée dans les ruelles étroites de Nekob. Nous nous perdons jusqu’à ce qu’un gamin nous remette sur le droit chemin. Il faudra de nouveau tambouriner longuement sur l’imposante porte de bois ancien pour que celle-ci s’ouvre. Ce soir, nous dégustons le premier couscous de notre séjour près de la piscine éclairée. En dessert, nous goûtons des tranches d’orange à la cannelle et des fruits frais. Plus tard, nous observons sur le toit la plus belle des nuits étoilées. Jamais, nous n’avions observé une telle intensité des étoiles. Des trouées de lumière qui percent de partout le noir intense, des traînées d’étoiles, des comètes, la voie lactée comme jamais. Contemplation silencieuse sur Nekob endormi.
Dimanche 26 Mars
L’omelette du petit-déjeuner ne nous a pas tentée. Nous retrouvons l’artère principale de Nekob encore plus animée que la veille. Quelques officiels en costume discutent entre les camions lourdement chargés. Leur marchandise s’amoncelle en hauteur, tenue par de simples cordes. Seuls les hommes sont dehors. Aujourd’hui, dimanche, c’est jour de souk et les paysans sont venus des alentours pour vendre et acheter.
Au fond à gauche, des volailles malingres se dessèchent au soleil. Des carcasses de viande infestées de mouche sont posés sur les étals. Une odeur fétide de cadavre en émane. Les mouches festoient. A leur côté, des marchands exposent des portes noires grossièrement ornées de mosaïque de petites pierres. Les poissons mélangés à de la glace pilée dans des cageots, des têtes de chèvres posées sur le sol de terre nous jettent un regard vide de vie. Devant elles, un entassement de peau de moutons noirs. Au bout de l’allée, la sono mal réglée d’un marchand de cassettes audio diffuse une musique traditionnelle. Les articles vendus ont pris la poussière du trajet. Les fruits ressemblent aux fruits d’avant l’ère de l’industrialisation alimentaire. Les carottes sont tordues, forment des crochets périlleux. Les oranges de belle taille, inégales, ne sont pas calibrées. Quelques-unes unes sont gâtées, leur peau abîmée.
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