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24.05.2006
Sim, la Barbie Girl
De nouveau, nous traversons l’espace immense sur une route aux tronçons ensablés. Le Sahara n’est-il pas le plus grand désert au monde ? Des kilomètres sans voir personne puis soudain un paysan qui mène un mulet lourdement chargé. Où va-t-il ? Un troupeau de chameau coupe la route, la démarche nonchalante.

Que sont ces énormes cratères qui surgissent de partout devant nous ? Je pense à des météorites. Il s’agit, en fait, de khettaras, des canalisations souterraines qui permettent à l’eau de circuler. Cette technique est attribuée à l’Iran du 12ème siècle pour certains, pour d’autres, il s’agit d’une vieille connaissance universelle qui nécessite de creuser d’immenses trous à ciel ouvert qui permettent d’entretenir la galerie les reliant. Un jeune nous affirme qu’ils ont été creusés par les esclaves noirs d’Afrique équatoriale.

Nous arrivons avant le coucher du soleil dans un bunker à touristes, seule fausse note hôtelière de notre séjour. Une salle à manger immense, un groupe de personnes âgées qui envahissent tout l’espace et traite le personnel avec de vieilles réminiscences de supériorité colonialiste. Bien sûr, les serveurs en ont vu d’autres, des vieux à costume à carreaux, aux fausses dents et aux mains qui tremblent en goûtant leur verre plein à ra bord de vin rouge bon marché. Notre seule occupation pendant le repas est de les observer. Nous nous moquons, comment pourrait-il en être autrement ? Une barbie girl ridée est moulée dans un jean sous vide. Elle se dandine entre les tables, la perruque blonde mal ajustée et un visage qui ressemble à celui de Sim. Son voisin impressionné par tant de charmes ne ménage pas ses efforts pour séduire celle que nous surnommons à présent Sim. Il y a même le GO qui prend son rôle très au sérieux, conférence internationale au plus haut niveau pour les joyeux retraités du club de cyclisme de Valenciennes ou l’amicale des anciens du comité d’entreprise de la section EDF de Bourg la Reine. Ca se goinfre, pousse des coudes au buffet, peur de ne plus en avoir.

Le touriste, c’est l’autre
« On dit maintenant « touriste » comme on disait naguère encore « congés payés » : avec une moue de dédain et pour désigner le plouc en vacances.
S’il n’y avait pas les touristes, ces lourds animaux grégaires, que saurais-je de ma propre singularité (…) ? Tous nous sommes des estivants ordinaires et surtout ceux d’entre nous qui professent bruyamment leur dédain du tourisme ».
Extrait de « Au coin de la rue l’aventure » de Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut.
Près de la piscine, dans le silence de la nuit, nous fumons une dernière cigarette, fatigués par cette longue journée qui débuta à 4h30.
12:45 Publié dans Voyage Maroc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


